Attirer des investissements directs étrangers (IDE), au_delà de l’approche classique


22/03/2018Boubacar Sidighi Diallo



Dans une économie mondialisée où la concurrence entre les États est devenue la règle, attirer des IDE pour valoriser son potentiel économique est devenu un enjeu majeur pour tout État. Ces investissements permettent, avant tout, de créer et/ou de maintenir, voire développer, des activités économiques pour créer de la valeur ajoutée et assurer une redistribution de revenus via, notamment, création d’emplois.


Cette nécessité fait qu’aujourd’hui, pays développés et en développement rivalisent d’ardeur et d’ingéniosité pour séduire, attirer, voire maintenir des IDE, facteur essentiel dans la mise en œuvre de leurs stratégie de croissance et de développement. Dans ce jeu, des pays comme la Guinée, pourvue en richesses naturelles, minières ou halieutiques, avec des besoins réels de valorisation, attisent des convoitises et l’État, aussi, déploie une stratégie de promotion pour attirer le maximum d’investisseurs dans des pans entiers de secteurs de l’économie nationale. Les mines, l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, la pêche, l’artisanat, le tourisme ou encore l’hôtellerie sont autant de secteurs concernés par cette stratégie de déploiement à l’international. La Guinée a besoin d’argent, de technologies et d’expertise pour valoriser ce riche potentiel au service de ses populations et de ses territoires que seuls des partenariats publics et privés peuvent assurer dans le temps.

 

Îles de Loos, Conakry, Guinée. Photo: Alejandro Dorado Nájera.


Des va et viens incessants entre Conakry, la capitale, et des villes du monde en Europe, Amérique, Asie et Afrique en sont la parfaite illustration de cette volonté de mobiliser des capitaux et de l’expertise à l’international dans un objectifs précis : valoriser le potentiel économique du pays. La Guinée est ainsi, depuis quelques années, au rendez-vous de plusieurs rencontres économiques pour promouvoir la destination et ses atouts dans une économie mondialisée et très concurrentielle.  La Guinée ne manque pas d’atouts aujourd’hui dans ce domaine avec cette volonté affirmée de l’État de trouver des voies et moyens de séduire de possibles investisseurs internationaux. La création d’un Ministère en charge des Partenariats public – privés et d’une Agence de promotion (APIP), la mise en route du Programme national de développement économique et social à l’horizon 2040, la réalisation de multiples planifications sectorielles, la mise en route d’importantes réformes en matière de gouvernance économique et financière, l’adoption d’un nouveau code des investissements et d’un nouveau code minier ou, encore, l’adoption et l’opérationnalisation de la Lettre de politique nationale de décentralisation et de développement local sont autant d’éléments qui positionnent favorablement le pays dans sa quête des IDE. 


Ces éléments sont aussi des ingrédients importants dans une stratégie de développement économique et sociale qui posent clairement les bases de l’évolution souhaitée du pays pour les prochaines décennies. Toute cette information est utile à tout investisseur pour avoir des références sur la stratégie poursuivie, les moyens mis en œuvre et les acteurs impliqués. À bien regarder les tendances de l’économie globale avec les mouvements de délocalisation mais, aussi, de relocalisation des entreprises, les coûts des facteurs (travail et capital) ne sont plus les seuls déterminants pour l’orientation des IDE. Des facteurs beaucoup plus structurants conditionnent aujourd’hui cette mobilité, voilà pourquoi il est nécessaire d’avoir une approche globale sur ce marché. C’est, finalement, cette combinaison de plusieurs facteurs qui permettra d’attirer dans le temps des IDE au nombre desquels figurent une gestion macroéconomique saine, un investissement conséquent dans les infrastructures du pays, la mobilisation de l’État en termes d’accès aux services publics (eau, électricité, logement, éducation, santé ou transport) sans oublier le rayonnement du pays à l’étranger.Pour ce qui est des infrastructures, par exemple, le récent accord avec la Chine, via la mobilisation de son secteur financier, est à saluer tant que les infrastructures, avec leur capacité réelle de réduction des coûts d’investissements, jouent un rôle majeur dans l’attrait des IDE.

 

Alentours de Conakry, Guinée. Photo: Alejandro Dorado Nájera.


Cet accord (portant sur 20 milliards de dollars US sur 20 ans) a l’avantage de faire des infrastructures du pays, un axe majeur d’investissement de l’État pour les prochaines décennies avec un dispositif financier clairement établi. Cela est extrêmement important car donne de la visibilité dans un domaine si particulier pour le développement économique de la Guinée. Les entreprises viendront et s’installeront si les réseaux (eau, électricité, téléphone, transport, routes…) fonctionneront dans un pays avec services publics accessibles et performants capables de fournir, entre autres, une main d’œuvre éduquée et en bonne santé, sans oublier la capacité desdits services à apaiser le climat social. L’accès aux services publics de qualité permet d’améliorer constamment la productivité du travailleur guinéen, renforçant ainsi sa capacité à s’insérer dans la dynamique économique à travers l’entreprenariat, l’emploi ou, encore, la compréhension et l’adhésion aux initiatives de l’État et de ses partenaires. Ces deux éléments (infrastructures et services publics) conduisent à l’attractivité des territoires à l’échelle nationale, mobilisent les citoyens et ouvrent d’énormes perspectives à l’économie nationale. Il est évident que le seul Code des investissements, aussi attractif soit-il, ne peut garantir des IDE à un pays et un l’État guinéen qui ne peut indéfiniment baisser des impôts et/ou accorder des avantages fiscaux aux investisseurs en égard à ses propres charges croissantes dans un contexte où les populations sont de plus en plus exigeantes en termes de services.


C’est la raison pour laquelle, il est important d’amplifier la dynamique actuelle tout en la diversifiant, en jouant cette combinaison de facteurs pour optimiser les gains sur le marché des IDE. Aller dans ce sens permet de diversifier les secteurs, de calibrer les projets,  d’élargir les canaux de transmission des IDE et de mobiliser l’État et les populations dans cet objectif. Un travail important est en cours dans ce sens, l’en témoigne la liste de la cinquantaine de projets présentés récemment à Paris les 16 et 17 novembre 2017 par le Groupe consultatif Guinée avec, pour résultats, plus de 20 milliards de dollars US d’engagements financiers. Plus globalement, dans le domaine des IDE, il ne devrait exister que des retours d’expériences, pas de schémas préétablis permettant aux États, et à la Guinée singulièrement, de se forger une stratégie en fonction de ses réalités, ressources et besoins. Comme on le dit souvent, dans un marché concurrentiel, il est toujours important d’avoir une longueur d’avance, de disposer de « billes » de réserve d’où la nécessité de diversifier son approche de conquête des IDE, qui ne cherchent finalement qu’un environnement sécurisé et porteur d’espoir de retours sur investissement.

 

Îles de Loos, Conakry, Guinée. Photo: Alejandro Dorado Nájera.


Attirer des IDE reste un enjeu majeur pour l’économie guinéenne tant le potentiel est énorme. Il s’agit là d’une véritable problématique de développement national tant les ressources financières et l’expertise sont indispensables dans la valorisation d’une ressource économique. Diversifier la stratégie passe aussi par la mobilisation de l’ensemble des acteurs publics et privés nationaux en faisant du dialogue État-secteur privé-collectivités locales un vrai crédo et une exigence en termes de gouvernance publique. Il serait intéressant qu’à chaque rendez-vous économique où la Guinée soit présente pour promouvoir sa stratégie de développement, que les collectivités locales soient mobilisées (et représentées), car les investissements (IDE et autres) qui en sortiront se feront sur des espaces locaux que ces dernières administrent et sont en charge de promouvoir. Cela est important dans une logique de mobilisation de toutes les forces du pays pour que les enjeux, la démarche et les résultats soient le mieux appropriés.


C’est aussi à ces conditions que la démarche globale envisagée par l’État sera davantage légitime et crédible et pourrait se révéler fructueuse sur le marché des IDE. 

Agir ainsi permet à chaque acteur de prendre pleinement conscience des enjeux de l’attrait des IDE pour la valorisation du potentiel économique guinéen et les perspectives de développement du pays. Car le développement est une affaire de collectif et de synergie d’action autour de la révélation et de la valorisation de ressources partagées et les IDE ne constituent finalement qu’un facteur pouvant contribuer à cet objectif, même s’ils sont devenus aujourd’hui décisifs pour un pays comme la Guinée.


Par Boubacar Sidighi Diallo,
Économiste, consultant en Coopération internationale et développement

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